THIERRY BEDOSSA, vétérinaire comportementaliste et directeur du refuge AVA (Aide aux vieux animaux)

« C’est une chaîne d’entraide que nous devons initier et porter »

Solidarité-Refuges : Solidarité-Refuges n’existerait peut-être pas sans AVA, le refuge que vous portez à bout de bras. C’est en y passant 8 jours et nuits aux côtés de vos salariés et bénévoles que j’ai mesuré toute la détresse des gens qui œuvrent pour les animaux car travaillant avec très peu de moyens. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Thierry Bedossa : C’est avant tout lié à notre nature, notre personnalité et nous avons chacun la nôtre, unique. Il faut une sacrée dose d’optimisme, de volonté, de désinvolture et d’insouciance pour se lancer dans une telle aventure et ne pas (trop) en souffrir. Ma compagne Marie, avec laquelle je m’étais lancé dans cette aventure à l’époque, a mis fin à ses jours au bout de 3 ans.
Laure, mon autre amie qui s’était lancée à nos côtés, a tenu 6 ans avant de faire une sévère dépression et de nous quitter.
Plusieurs fois par an, je m’inquiète pour Fanette, un peu moins pour Maud, lorsqu’elles m’expriment leur désespoir de leur découragement devant tout ce qu’il faut accomplir chaque jour, le peu de moyens dont elles disposent parfois, et surtout les histoires qui accompagnent chaque animal que nous devons prendre ou, pire, refuser faute de place…
Etre à la tête d’un refuge, le faire vivre, rester sur le pont, affronter tout ce travail, cette détresse, c’est un défi énorme. Il faut savoir se protéger pour tenir.

En faisant partie des parrains de la première heure de Solidarité-Refuges, que cela signifie-t-il pour vous ?

Cela veut dire que j’identifie cette initiative et cette idée comme indispensables. Il y a tant et tant de personnes qui veulent aider et tant et tant d’entités qui aident les bêtes et ont besoin d’être aidées à leur tour. C’est une chaîne d’entraide que nous devons initier et porter.

L’ambition de Solidarité-Refuges est de créer le lien qui manque pour réunir, sur un même lieu, ceux qui ont besoin d’aide et ceux qui veulent aider. Que pouvez-vous dire pour inviter les uns et les autres à rejoindre la plateforme.

Cette plateforme me semble très très bien conçue et répondre aux besoins, si multiples, des entités qui veulent aider et protéger les bêtes. Pour beaucoup de personnes qui veulent aider, c’est parfois compliqué de rentrer dans un refuge où le personnel est occupé, débordé et ne prend pas le temps d’accueillir et d’écouter la demande, pas toujours très claire aussi car les gens se proposent de donner un coup de main sans vraiment savoir là où ils peuvent être le plus utiles. Ils sont en demande d’un certain accompagnement dans leur démarche. Une plateforme comme Solidarité-Refuges permet à chacun d’identifier les besoins autour de lui et de faire les premières démarches derrière son écran, en toute discrétion et de voir si il peut ou veut réellement s’engager et à quel niveau.
Du côté des associations et refuges, le fait de « poster une annonce » permet d’exposer ses besoins concrets, en bénévoles, mais aussi en matériel, en adoptants, familles d’accueil, etc.

C’est vrai que les personnes qui veulent aider sont souvent démunies devant la difficulté à accéder à un refuge qui a besoin d’aide. A quoi cela tient-il à votre avis ?

Un refuge a besoin d’aide 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an. Le noyau dur qui permet aux bêtes du refuge de vivre une vie bonne, d’être adopté, est littéralement harassé par l’ampleur et l’entièreté de cette tâche. En face, les moyens sont dérisoires. C’est la même chose en fait que la problématique de l’aide aux migrants ou aux pays les plus pauvres.

Solidarité-Refuges se veut aussi une plateforme d’adoption et de recherche de familles d’accueil. Il n’y en a pas assez en France. Pourtant, comme nous, vous pensez que c’est une solution idéale pour beaucoup d’animaux et de personnes qui n’osent pas franchir le cap de l’adoption. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Chacun est libre d’acquérir les bêtes comme il l’entend. L’adoption est néanmoins la plus éthique des démarches et c’est vraiment celle qui permet de sauver des vies.

La solidarité et l’entraide gratuite sont au cœur de Solidarité-Refuges. Pensez-vous que cela soit une idée et une ambition insensées ?

Bien au contraire. Les bêtes, qu’elles soient de compagnie, d’élevage, de loisirs ou d’expérimentation meurent et souffrent avant tout pour des raisons économiques. Alors, quand des gens agissent de manière désintéressée financièrement, mais intéressée humainement, il faut sauter sur l’occasion.