Article publié le 30 Août 2023 08:00:00
par Sophie MAXENCE

2023, un été record pour les abandons ?

Si aucun chiffre officiel n’existe, petites associations et gros refuges tirent la sonnette d’alarme : les structures sont saturées d’animaux alors que leur prise en charge, en pleine inflation, se complexifie.  

« Franchement, on n’arrive plus à faire face. Il faut vraiment une prise de conscience immédiate » réclamait mi-août l’association Internet et ses Amis située dans le Morbihan (56), en réaction à une publication Facebook de Solidarité-Peuple-Animal alertant sur les records d’abandons en 2023. De toute part, les messages d’associations et de refuges saturés fusent, témoignant d’un sentiment d’impuissance face à l’ampleur de la tâche. « On arrive à saturation, en 20 ans nous n’avons jamais vu cela » réagissait pour sa part l’association Un chat dans la vie, en Seine-Maritime (76).

Dans l’attente des premiers résultats de l’Observatoire national de la protection des animaux de compagnie lancé en 2021, il n’existe pour le moment aucune donnée officielle permettant de mesurer l’ampleur des abandons d’animaux en France. Les alertes régulièrement données par les petites associations et refuges indépendants, en première ligne, sont cependant un bon indicateur. Les chiffres publiés par la SPA et ses 63 refuges servent également de baromètre : dès le 6 juillet, la Société protectrice des animaux annonçait être au bord de la saturation. « Après avoir déjà pris en charge 20 673 chiens, chats et NAC depuis le début de l’année, la SPA compte actuellement 8 268 animaux présents sur tous ses sites, un chiffre alarmant qui n’a jamais été aussi élevé à la veille des départs en vacances. L’association tire la sonnette d’alarme contre l’abandon. »

L’inflation, un véritable frein aux prises en charge 

L’été est certes toujours une période critique pour les associations. Elles doivent absorber les recrudescences d’abandons liées aux départs en vacances ainsi que les naissances de chatons des rues, alors que les familles d’accueil, elles-mêmes en congés, sont moins disponibles et que la saison ne se prête pas aux adoptions. Si les acteurs de la protection animale sont malheureusement habitués à ce mécanisme, plusieurs facteurs aggravent la situation.  

D’une part, les animaux semblent toujours payer le tribut de la crise sanitaire. Les abandons liés à des acquisitions non réfléchies pendant les confinements se poursuivent, et l’arrêt momentané des campagnes de stérilisation des chats des rues a encore des effets délétères. D’autre part, la situation économique actuelle est un véritable frein aux prises en charge. L’augmentation du prix de l’alimentation en pleine inflation, ainsi que l’accroissement des frais vétérinaires rend la tâche des associations quasi impossible.

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« En 17 ans d’association, je n’ai jamais vu ça : nous avons 60 chatons et 3290 euros de facture vétérinaire rien que pour juillet » exprimait ainsi l’association Citanimal, à Valenciennes dans le département du Nord (59). Le témoignage de l’AFELP, Association Féline de Cergy Pontoise, résume également bien la situation actuelle de crise : « Nous avons 15% de prises en charge supplémentaires par rapport à 2022 à la même date, et presque 300 chats et chatons. Les familles d’accueil poussent les murs et sont épuisées, les bénévoles du terrain pleurent, les tarifs vétérinaires ont augmenté de 25/30% depuis le 1er janvier 2022 et les cliniques sont rachetées par des groupes financiers les unes après les autres. Les prix de l’électricité, de l’eau, de la nourriture explosent, les dons sont en forte baisse et les subventions aussi, alors qu’elles étaient déjà ridicules (6% du budget annuel). Nous croulons sous les tâches administratives (mise en place du Certificat d'Engagement et de Connaissance, d’un nouveau Cerfa pour les dons, d’un nouveau barème des indemnités kilométriques) et pendant ce temps le bénévolat… les lois qui existent mais ne sont pas appliquées. Les chats sont abandonnés en toute impunité ou donnés sur les réseaux. Difficile de continuer à se motiver quand seuls des particuliers et des associations se soucient de la protection animale. »

Les chatons et les chiens à besoins particuliers paient un lourd tribut

Dans ce contexte économique et sociétal complexe, le problème récurrent des félins qui submergent les associations dès le printemps et jusqu’à la l’automne, est encore plus difficilement gérable. Un vrai drame pour les chats, et particulièrement les chatons qui apparaissent comme les premières victimes du fléau des abandons, par leur nombre mais également par leur taux de mortalité. « La plupart des chatons aux yeux fermés ne survivent pas. (…) Il faut bien mesurer que le premier mois est très difficile et qu’il demande une disponibilité totale pour avoir une petite chance de les sauver car la majorité de ces tout petits chatons décède. C’est le drame des abandons et de la non-stérilisation des chats » détaillait ainsi Christine Virbel-Alonso, autrice d’un guide Chatons abandonnés : comment en prendre soin, dans un entretien au magazine 30 millions d’amis.

Autre cas particulier, celui des chiens dits « à besoins particuliers », dont les malinois et les molosses, qui nécessitent des connaissances et des attentions spécifiques. Faute de savoir gérer ces animaux, nombre de particuliers les abandonnent. Ces chiens se retrouvent alors en surnombre dans les fourrières, et dans les refuges qui acceptent de les accueillir, leur placement étant ensuite très délicat.

Ce sont également ces animaux, entre autres, qui sont les plus victimes d’actes de maltraitance et de cruauté, comme à Drancy où un chien malinois a été retrouvé pendu au grillage d’un lycée. Si aucun chiffre officiel ne permet de mesurer l’ampleur de la maltraitance animale, il semble que le phénomène soit également en hausse, suivant la courbe des abandons. Il est ainsi plus que temps de prendre toute la mesure de la crise dans le monde de la protection animale pour enfin y apporter les solutions adéquates.